L’action concertée des écosystèmes d’innovation

Professeur Michael G. Jacobides est titulaire de la Chaire en entrepreneuriat et en innovation à la London Business School (LBS) où il est enseigne la stratégie et l’entrepreneuriat. L’université LBS lui a accordé le titre de Sir Donald Gordon Professor en hommage à ce philanthrope et chef d’entreprise du domaine de l’assurance et de l’immobilier.

par Nicolas Sacchetti

Les écosystèmes dinnovation sont le modèle daffaires du XXIe siècle. Sir Donald Gordon Professor Michael G. Jacobides de la London Business School était en visioconférence pour adresser l’importance des écosystèmes d’innovation dans le monde des affaires.

L’évènement s’est tenu du 11 au 13 mai 2021 lors du Congrès P4IE sur les politiques, les pratiques et les processus relatifs à la performance des écosystèmes d’innovation organisé par le Partenariat pour l’organisation de l’innovation et des nouvelles technologies 4POINT0.

Le terme « écosystème », selon Michael G. Jacobides, a été introduit par Sir Arthur Tansley (1935), qui a déclaré que « l’écosystème comprend les organismes, et l’ensemble des facteurs physiques formant ce que nous appelons l’environnement du biome (les grands environnements du globe terrestre) — les facteurs de l’habitat au sens large ». Pourtant, il s’agit d’un terme tellement large que, pris au sens commercial, il peut signifier beaucoup de choses différentes —  nous devons donc être clairs sur ce à quoi nous nous référons. »

Pour le Pr Jacobides, les écosystèmes décrivent les changements dans la réalité des entreprises industrielles et commerciales. « Les firmes qui exploitent le mieux les écosystèmes sont celles qui produisent les plus gros capitaux », explique-t-il. De ce terme, une grande déclinaison de significations est possible. 

Pour une compagnie ou une plateforme donnée, il en présente trois types.

1- Les écosystèmes d’affaires sont les plus documentés dans la littérature récente. Ils consistent en des groupes d’entreprises qui se réunissent pour créer des opportunités économiques en améliorant l’expérience du client et en lui offrant un choix.

2- Les écosystèmes du savoir se concentrent sur la génération de nouvelles connaissances et technologies, lorsqu’il y a un besoin de coordination.

3- Les écosystèmes d’innovation peuvent également être régionaux et constituer la version contemporaine des « clusters » d’entreprises collaboratrices. Ils intègrent les écosystèmes d’affaires et de connaissances.

Les écosystèmes d’innovation
Trois types d’écosystèmes

Changer le modèle économique

Les plus grosses firmes (communément appelées les « GAFAM ») utilisent en concordance différents types d’écosystèmes afin de s’assurer un grand succès. Ces produits majoritairement numériques et présents à l’international altèrent la concurrence et affectent les modèles de développement régional.

« Les écosystèmes sont ces groupes de choses qui travaillent ensemble, et que nous avons besoin de coordonner, car se concentrer uniquement sur un produit n’est plus suffisant. » 

– Professeur Michael G. Jacobides

Les types d’écosystèmes du monde des affaires 

  • Le type à noyau fixe (p. ex. Nespresso) veut trouver des compléments afin de devenir plus attrayant : une machine à café et des capsules sur mesure pour la charger. 
  • L’écosystème de transactions (p. ex. Uber) gère des offres de service. 
  • Le type « boîte à outils d’innovation » (p. ex. Linux) est une spécialisation qui se concentre à créer une communauté de soutien pour les logiciels, et l’univers numérique. 
  • L’écosystème d’offre de solutions numériques (p. ex. Alexa) collectionne une clientèle avec qui il interagit. L’entreprise se connecte à tous les services qui y souscrivent, et crée l’environnement des possibles pour ses clients ; plus le catalogue d’offres de solutions augmente, plus les profits sont amenés à augmenter.  

Interdépendance

La collaboration des entreprises procure valeur et choix aux utilisateurs. Voilà pourquoi les écosystèmes qui ont de multiples produits requièrent la complémentarité d’écosystèmes composés d’acteurs de différents milieux. Ainsi, Apple a besoin d’applications tierces pour agrémenter ses interfaces, et de fournisseurs tiers pour fabriquer ses objets technologiques. La technologie nous permet de connecter en symbiose différents services les uns aux autres, et de créer un éventail de possibilités qui profitent aux clients. Quoique leurs choix soient restreints au catalogue de l’offre de solutions numériques.

Sept étapes pour structurer un écosystème

1- Délimiter l’envergure de l’écosystème multiproduit, et explorer l’univers des possibles où la firme peut devenir un acteur substantiel. 

2- Comprendre le paysage de l’écosystème et la position concurrentielle. 

3- Analyser le rôle que la firme devrait jouer dans l’écosystème des affaires et déterminer des approches stratégiques à mettre en place. L’entreprise doit se poser les questions : est-ce que je peux livrer la marchandise par moi-même, ou ai-je besoin d’un écosystème d’acteurs multiples ? Et si c’est le cas, serai-je l’orchestrateur ou quel sera mon rôle ? L’orchestrateur sécurise le contrôle en servant le client avec une offre intégrée. Le partenaire tire parti de canaux de vente supplémentaire de l’orchestrateur. Le collaborateur réajuste le modèle d’affaire vers un modèle d’entreprise à entreprise permettant à d’autres acteurs de faire du commerce. 

4- Dès lors, la firme peut analyser la valeur potentielle qu’elle pourrait offrir à l’écosystème. 

5- Trouver les partenaires avec qui elle veut s’associer, et comment les attirer ou être attrayant. 

6- Instaurer un système de gestion de l’écosystème. 

7- Et enfin, l’entreprise sera en mesure d’expliquer le dossier d’investissement et de choisir les indicateurs clés de performance (KPIs) à suivre pour faire d’un écosystème une réalité.

Construire un excellent écosystème

Pr Jacobides donne ses conseils des choses à faire et à éviter afin de construire un excellent écosystème.

À faire

  • Choisir ses batailles, avoir des points d’ancrage, et des associés à enrôler.
  • Être obsédé par le client et les procédures qu’il devra entreprendre. Si elles s’avèrent trop difficiles, il faut penser à les transférer à une personne plus habile à les réaliser. 
  • Co-créer de la valeur en faisant des associations stratégiques. 
  • Faire des recherches proactives de collaborateurs. 
  • Réaliser qu’on ne peut pas tout faire soi-même. Avoir un plan de match. 
  • Formuler ses intentions.
  • Savoir comment compétitionner, établir ses priorités, et prospérer. 
  • Mesurer son succès et se récompenser. 

À éviter

  • Penser que l’on peut tout réaliser soi-même. 
  • Construire un « égosystème » et présumer que les clients et les partenaires vont se joindre à vous. 
  • Tout offrir à l’aveuglette, sans tenir compte du choix des consommateurs. 
  • Traiter ses partenaires en fournisseurs. Vaut mieux créer en coopération. 
  • Ne pas précipiter les choses. Créer des écosystèmes demande du temps.

« Alors que le monde évolue de manière intéressante et dynamique, l’écosystème entrepreneurial local n’est pas la seule chose que nous devrions examiner, mais la façon dont la dynamique locale est ancrée dans les écosystèmes commerciaux mondiaux est ce qui va favoriser le succès. » – Pr Michael G. Jacobides

Ce contenu a été mis à jour le 2022-05-19 à 20 h 13 min.